COLLECTIF RN126

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Revue de presse : 26/06/09


Tarn Libre - 26/06/09 :  

Titre : "
Grandeur et décadence du bassin industriel Castres - Mazamet "
 
  • Article papier

  • Nous reprenons ci-dessous la réaction d'une lectrice du Tarn Libre, texte reçu sur notre boite aux lettres électronique avant sa parution dans ce média :
" Si le progrès et le développement doivent passer par une autoroute, d’après le député Carayon, pourquoi la région du Nord de la France reste l’une des régions françaises les plus touchées par le chômage ? Car cette région est aussi la plus ‘développée’ en matière d’infrastructures autoroutières ! Une autoroute n’a jamais été un gage de développement.

Sur un sujet aussi important que l’emploi, rester dans des clichés éculés ne peut être que l’apanage de politiciens en quête de voix faciles. Mais après, que fait-on réellement pour faire reculer le chômage et relancer une économie locale qui se meurt de ne pas avoir été assez défendue par les acteurs économiques et les politiques locaux ?

Comment le secteur textile, principal moteur économique du bassin Castres - Mazamet depuis trois siècles, a t-il pu s’effondrer si lamentablement au milieu des années 70 ?

En 1970, l’industrie de délainage emploie 2122 ouvriers, en 1976 il n’en reste plus que 1158. En 1988, le secteur compte encore 1000 ouvriers. Au début des années 90, nouvelle crise : en 1993, le délainage n’emploie plus que 642 personnes. En 20 ans, la chute des effectifs a été de l’ordre de 70 % et correspond à une baisse de 39 % de la production, entre 1980 et 1992.

Selon les entrepreneurs du délainage, cette chute est liée à la crise mondiale et au désordre monétaire international. Interprétation qui ne pointe que les facteurs externes à cette crise car cette industrie avait cessé d’innover depuis longtemps, les patrons préférant se concentrer dans les activités de négoce plutôt que de développer l’activité de production. Face à la concurrence internationale, au début des années 90, cette industrie ne pouvait déjà plus réagir. En 1990, les peaux australiennes représentent 88% des importations et le marché italien absorbe 65% de la laine. Facteur d’aggravation notable, les entrepreneurs locaux n’ont pas su trouver de réponse collective face à la pression extérieure, bien au contraire, ils se sont livrés à une concurrence acharnée et ont scié la branche sur laquelle ils étaient assis !

N’oublions pas non plus que la filière textile et celle du délainage ont permis de générer d’autres économies. Ainsi, Mazamet s’est progressivement transformée de centre industriel en centre de services, les négociants travaillant coude à coude avec les banquiers. Les compagnies financières, de transport et d’assurance se partageaient les affaires. Ce n’est pas le fruit du hasard si la Banque de France y siégeait et réalisait son troisième chiffre d’opérations au niveau national ! Cette agence a fermée ses portes en 1991.

Voilà rapidement résumé la grandeur et la décadence de ce grand bassin industriel, édifié sur les ressources locales et le savoir faire de sa population, et qui n’a pas eu besoin d’une autoroute pour connaître l’apogée.
Réclamer à corps et à cri une autoroute pour que cette région connaisse un regain d’activités ne suffit pas à réparer le ‘nombrilisme’ des patrons locaux, responsable de la chute de cette économie locale puissante.

Pour exemple, la filière bois reste un secteur très mal exploité, peu organisé, alors que de nouvelles filières, dites renouvelables, connaissent un essor répondant aux nouvelles demandes et contraintes d’aujourd’hui. Le bois, ce n’est pas seulement l’exploitation forestière, c’est aussi la construction, l’isolation, l’ameublement, l’artisanat et les métiers d’art. Or, l’industrie du bois/papier ne représente aujourd’hui que 4% des industries locales !

Ces ressources locales sont nombreuses et seuls ces atouts permettront que ce bassin renaisse de ses cendres. Cela s’appelle la relocalisation. Ouvrir ce bassin fragile vers un bassin économique prospère, la métropole toulousaine, en pariant sur une autoroute reste très aléatoire, et risque de favoriser grandement la fuite des entreprises vers Toulouse.

Il est visiblement plus aisé pour un politicien d’user de fausses promesses que de relever ses manches pour aider concrètement un bassin industriel en souffrance !

Il est visiblement plus aisé pour un politicien de jouer de démagogie en clamant que le débat public a eu lieu et que tout a été dit plutôt que de réfléchir aux vraies solutions, dans un cadre démocratique !

Je tiens à rappeler à cet élu, siégeant à l’Assemblée Nationale (!), que ce débat public s’inscrit dans le Code de l’environnement de 2002 comme un passage obligé pour que la démocratie soit respectée et que chacun puisse s’exprimer sur les impacts qu’un tel projet peut induire. Bien loin de se soucier de l’avis de ses concitoyens, ce personnage s’offusque qu’une institution indépendante, comme la Commission Nationale du Débat Public, vienne perturber ses calculs personnels. Terminé le temps où les politiques et industriels confectionnaient leur petite cuisine entre eux au détriment des citoyens, de l’argent public et de l’environnement !

Quand un député nie les lois de la République, on peut s’inquiéter des solutions qu’il propose. Idem quand ce même élu signe le pacte de Nicolas Hulot et prône une autoroute pour résoudre à elle seule les problèmes économiques de la région sud - Tarn !!! "